11 minutes de lecture

Une salle obscure

Une salle obscure.

Une envie, un souhait, un désir de salle obscure.

Il avait choisi un film quelconque diffusé dans un vieux cinéma pour nous assurer une plus grande intimité. Évidemment, nous ne serions pas seuls. A ma grande stupéfaction, le risque d’être vus et entendus n’était finalement pas si désagréable. Cela ajoutait même, un cran à mon excitation.

Nous avons rendez-vous dans le hall d'entrée. La veille, j’étais venue chercher les places ; nous gagnons ainsi du temps et cela nous offre plus de discrétion. Il n’en sera que plus serein.

Je porte une jupe ample de couleur noire et un haut blanc, s’ouvrant sur le devant. Il m'avait demandé, pour ne pas dire exigé, “d'oublier” ma culotte. Ce n’était pas la première fois qu’il me demandait “d’oublier” ce petit bout de tissu, finalement pas très utile, mais oh combien, psychologiquement, indispensable.

Je suis donc venue avec un peu d'avance, afin de la retirer dans les toilettes. Cela m'évite d'avoir de nouveau, la frayeur que les portes de l'ascenseur du métro s'ouvrent avant la fin de ma manœuvre un peu gauche.

Avez-vous une petite idée de ce qu'il faut faire pour enlever une culotte, avant de la jeter en boule dans le fond d'un sac à main ?

C’est un vrai défi !

J’espère simplement accéder aux toilettes, sans devoir passer les barrières et qu’il ne soit pas déjà arrivé.

Soulagée de ma culotte en dentelles mise pour l’occasion. Oui, un peu inutile la dentelle, puisqu’elle est maintenant nichée dans le fond de mon sac. Mais l’idée qu’il puisse me demander de la lui montrer, alors que j’ai opté pour une petite culotte en coton façon grand maman des plus confortables, me terrifie.

Je l’attends dans un coin retiré du hall.

Il arrive, me repère rapidement et s’avance vers moi en me regardant, un sourire aux lèvres. Sans s’arrêter ni me prêter aucune attention, il se dirige vers l'entrée des salles. Je sors les tickets, lui donne discrètement le sien et le suis à distance.

Nous passons prendre les boissons à la boutique avant de rejoindre la salle, tout en faisant mine de ne pas être ensemble. Je ne parviens toujours pas à me décider....

Ne pas être à ses côtés. Faire semblant d’être de parfaits inconnus, tout en faisant attention au moindre de ses gestes. Au regard qu’il me lance pour m’indiquer ce que je dois faire.

Cela m’agace et en même temps, tout ceci est assez excitant. Se jouer des autres, leurs faire croire que rien ne nous rapproche. Alors que notre seule envie est de nous jeter l’un sur l’autre. Alors que dans quelques instants, dans une salle voisine, nous allons, sous leur nez et à leur barbe, laisser parler nos désirs.

Un rapide coup d’œil dans la salle me rassure. Il n’y a que quelques personnes. Je m’installe dans le fauteuil qu’il m’indique, espérant qu’il n’en arrive pas d’avantage.

Des jeux de regard, quelques effleurements. Nous n’avons que de brefs et rares contacts jusqu'à ce que les lumières s'éteignent enfin. J'aime ces moments où, par souci de discrétion, nous nous retenons. Je les aime autant que je les déteste.

Les bandes-annonces commencent. L'une de ses mains se pose sur la mienne. Il avance l’autre vers mon visage, la pose sur ma joue. Son pouce me caresse, j’appuie ma tête dans sa main et il vient poser ses lèvres sur les miennes. Un doux baiser qui devient rapidement plus intrusif, plus passionné. La douceur de ses lèvres, la chaleur de sa langue venant caresser la mienne. Je ne peux retenir un soupir de satisfaction. J’ai eu envie de ce baiser dès que nos regards se sont croisés dans le hall ! Il descend sa main sur ma nuque, la serrant légèrement. Il se recule, me regarde et se laisse retomber dans son siège. Durant les bandes-annonces et les quinze premières minutes du film, il ne me regarde et ne me touche plus une seule fois.

L'inquiétude monte en moi.

Qu'est ce que j'ai fait ou ne pas fait ? Pourquoi fait-il ça ?

J’ai pris soin de ne pas fumer de la matinée. J’ai passé ma pause déjeuner, dans les transports à manger du chewimg-gum à la chlorophylle, pour enlever les dernières odeurs de cigarette. A notre dernière rencontre, j’avais arrêté de fumer deux heures avant et il m’avait fait une réflexion :

“Je n’aime pas embrasser les vieux cendriers”

Il ne m’avait plus embrassée de l’après-midi.

Ça m’a calmée, un peu, sans pour autant me décider à arrêter complètement. Mais maintenant, je ne fume plus lorsqu’on se voit. Un progrès reste un progrès, si petit soit-il !

Mais aujourd’hui, cela ne peut pas être ça !

Et si c’est moi... qui le touche ?

Si je laisse ma main aller là où elle le désire.

Si je la descends sur son torse, le long de son ventre pour la poser sur son entrejambe ?

Si j’ouvre son pantalon, m'aventurant sous son boxer pour lui prodiguer un massage des testicules ? Si ma main, se referme sur sa virilité pour la masser délicatement ?

Si je baisse son boxer et me penche jusqu'à ce que, ma langue vienne appuyer les caresses de ma main ? Ma langue, chaude et humide, le parcourt, se promène sur le haut de son gland, descend sur le frein avant d’explorer cette partie assez sensible. Ce petit creux, juste au-dessous du gland. Si mon souffle chaud, mêlée à la douceur de ma langue qui l’explore, goûte le moindre recoin de sa queue ?

Si ma langue descend doucement tout le long, tout doucement, pendant que ma main lui masse délicatement les couilles ? Et si ma langue descend jusqu'à elles ? Ma langue, juste ma langue.

Je pourrais descendre encore un peu plus, m’attarder sur son périnée, le masser, le caresser. Des caresses délicates, parfois appuyées, pendant que ma main monte et descend le long de son membre.

Je pourrais ensuite me redresser, arrêter toutes mes caresses, un instant, avant de l’encercler de mes lèvres. Le prendre en bouche sans plus de délicatesse, l’avalant et l’aspirant.

Et si je lui chuchote tout ça... au creux de l’oreille ?

Si, je lui demande, de ma voix tremblante de désirs.... d’imaginer ?

“Imagine... ma tête, penchée sur toi. La vois-tu descendre et monter ?

Imagine la sensation de ma bouche, la chaleur qu'elle t’offre, l'humidité et la douceur de ma langue collée à ton membre.

Ma main accompagnant chacun de mes mouvements.

Imagine ma bouche te savourant. Imagine mes lèvres descendant en un mouvement vers la droite, te prenant complètement.

Imagine ma bouche remontant doucement en sens inverse, jusqu'à ce que ma langue vienne faire le tour de ton gland.

Me laisserais-tu faire ?

Me laisseriez-vous faire Maître ?

Me laisseriez-vous me pencher au-dessus de vous, de mon initiative ?

Avant que je n’ai le temps de le lui demander, il ouvre son pantalon, prend ma tête et m'offre sa queue.

Je laisse mon envie guider les mouvements de ma bouche, les descentes, les aspirations. Je ne réfléchis pas. Seule, mon envie de lui me guide.

L’une de mes mains appuie les caresses de ma bouche ou lui caresse la cuisse.

L’autre main, placée dans son dos, reste sagement posée sur ses reins ou fait pression afin qu’il m’offre encore un plus son membre. Je le savoure, profite de ce moment.

Sentir sous ma langue le grain de sa peau, les bosses formées par ses veines. Sentir son goût se prononcer au fur et à mesure que son plaisir grimpe, jusqu'à le sentir se déverser dans ma bouche. J’aime ce moment, où je sens que la bête en lui gagne du terrain. Les deux petites secondes où sa main se fait, vraiment lourde sur ma tête.

Cet instant où il est, en quelque sorte, à ma merci.

Ce bref instant où les rôles s’échangent.

Ses esprits retrouvés, il prend mon menton dans sa main pour me relever.

Il me regarde avec un petit sourire, comme pour me remercier de ce que je viens de faire ou alors simplement d’aimer lui faire, peut-être les deux.

Il pose ses lèvres sur les miennes, le baiser dure quelques minutes. C’est un doux baiser, tendre, en totale contradiction avec sa main, qui se fait de plus en plus étau sur ma cuisse. Subitement, il relâche ma cuisse et du bout du doigt remonte vers mon intimité. Une légère caresse, de celles qui nous provoquent des frissons tout en nous laissant un goût de trop peu.

Il pose sa main, à plat sur mon sexe, interrompt notre baiser et me regarde droit dans les yeux. Son regard me transperce.

Il sait ce que son regard provoque, déclenche en moi.

Il sait qu’en me regardant ainsi, un véritable brasier, naît dans mon bas ventre.

Le temps se suspend. Je n’ose pas bouger, ni laisser sortir le gémissement que je retiens depuis tout à l’heure. Je n’arrive ni à soutenir son regard, ni à le quitter.

Son regard accentue mon émoi, me déstabilise. J’ai la sensation qu’il sonde mon âme.

En même temps, j’ai besoin de son regard, j’ai besoin d’y lire sa satisfaction, son désir pour moi.

J’y vois tout le respect qu’il a pour moi et, chose impensable, je m’y trouve belle !

J’ai dû fermer les yeux une seconde ou deux. Profitant de ce moment-là, ses doigts se mettent à naviguer sur mon clitoris. Doucement, légèrement. Il le caresse, le contourne, le fait rouler entre son index et son pouce. Ses doigts sont doux, chauds. Un gémissement m’échappe, plutôt un long soupir de satisfaction. Enfin, il fait aller ses doigts sur moi. C’est comme si un poids que je n’avais pas conscience de porter, s’écoulait de moi.

Il relâche mon menton, met son doigt sur ses lèvres et me fait un chut silencieux. Tandis que son doigt, caressant le pourtour de mon clitoris et l’intérieur de mes grandes lèvres, se fait plus lourd, plus curieux.

Mon plaisir devient si fort que je ferme les yeux et retiens ma respiration. Je me cambre sur mon siège et me mord la lèvre supérieure. Mon corps est traversé de frissons, je me mets à trembler sans rien pouvoir contrôler.

Il ricane. Je dois me concentrer pour ne pas crier mon plaisir et lui, il ricane !

Instinctivement mon regard remonte vers le sien. Ses yeux brillent, visiblement aux anges de me mettre dans un tel état.

J’ai dû lui lancer un regard de colère car, son regard change et il plonge son doigt en moi, sans aucune délicatesse.

- Oh ! Qu’est-ce qui t’excite comme ça, ma tendre ?

Je t’ai à peine touchée !

Comme si, il ne le savait pas ! Il m’énerve à poser ses questions, alors qu’il connait parfaitement la réponse.

Il aime me l’entendre dire, encore et encore et visiblement, il ne s’en lasse pas.

- Marc, tu le s.....

Il serre ma mâchoire dans sa main et fait appuie avec son doigt glissé en moi.

- Vous le savez, Maître. J’aime vous avoir sous ma langue, vous sentir dans ma bouche... Vous sucer m’excite beaucoup.

Son regard devient plus doux, il desserre sa main sur ma mâchoire et introduit un second doigt.

Il fait aller et venir ses doigts, en recourbe le bout arrivé au fond, les écarte pour redescendre en appuyant vers le haut. Mon corps devient extrêmement sensible. La moindre caresse m’amène aux portes de la jouissance. Plus il fait aller ses doigts, plus je perds pied. J’arrive difficilement à étouffer mes gémissements, malgré toute ses protestations, ses menaces d’arrêter, si je ne garde pas la bouche fermée.

Il glisse un nouveau doigt en moi et c’est la fin. Le gémissement de trop et trop fort m’échappe. Il lâche mon menton et ressort ses doigts. Mon corps se glace. Je le regarde stupéfaite, déconfite. J’étais sur le point de jouir. Il prend le gobelet à sa droite, l’ouvre et en sort un glaçon.

J’ouvre la bouche, non pas parce que je pense qu’il va me le donner à sucer mais parce que je sais ce qu’il compte en faire.

Je suis très sensible au froid. Je ne supporte pas le froid, sa morsure, sa brûlure. C’est une sensation horrible pour moi.

Et d’un seul coup, cela me revient en mémoire.

Un après-midi, nous avions échangé les rôles. J’avais pris les commandes et il était étendu sur le sol de mon salon, à ma merci. Les mains liées, les yeux bandés.

Après l’avoir caressé avec un pinceau, une plume et ma langue, je m’étais levée pour aller chercher un glaçon. Je l’avais posé sur son torse, descendu le long de son ventre, tournant autour de son nombril avant de passer dessus avec insistance. J’avais ensuite continué mon chemin jusqu’à son membre tendu, avant de reprendre le glaçon. Il avait soupiré, de satisfaction je pense. La seconde qui suivit, je le posais sur son gland. Faisant le tour, venant et revenant sur son méat, descendant le long du sillon avant d’aller taquiner son frein. Il grognait et moi, je ricanais, comme lui, tout à l’heure. Je descendis le glaçon le long de sa hampe jusqu’à ses couilles. J’aurais très bien pu m’amuser un peu, en faire le tour, tandis que je parcourais le chemin tracé par la glace avec ma langue, mais j’avais préféré descendre sur son périnée.

Il avait soulevé la tête, tiré sur ses liens, qu’il avait réussit à détacher et me jura de me le faire payer.

Aujourd’hui, il se venge. Prise à mon propre jeu, l’arroseur est arrosé. C’est beaucoup moins marrant de ce côté, je dois l’avouer.

Il me regarde d’un air amusé et pose le glaçon sur mon clitoris. Je sursaute et laisse échapper un hoquet de surprise. Il fait de petits cercles autour de mon bouton. Je me mords la lèvre pour ne pas crier. Il descend le glaçon le long de mes lèvres. Son regard toujours dans le mien, il examine la moindre de mes réactions. Il entrouvre la bouche, s’amuse de mon supplice. Il écarte mes lèvres en appuyant avec ce satané glaçon qui refuse de fondre comme neige au soleil et je me mets à crier. Il colle sa main sur ma bouche et introduit le glaçon dans mon vagin. Mes mains se posent sur les siennes, non pas pour tenter de les écarter, mais pour m’accrocher à lui. Tout en maintenant le glaçon en moi, son pouce caresse maintenant mon clitoris. Ses caresses rendent la morsure du glaçon plus douce, plus supportable. Le glaçon fond et la morsure devient plaisir. Son pouce, ses doigts en moi alliés au mélange subtil de douleur et de plaisir, il n’en faut pas plus pour que mon excitation redécolle. Mon corps se remets à trembler et l’orgasme me submerge. Je plaque mes deux mains sur celle qu’il a posée sur ma bouche et appuie pour étouffer mes cris.

Malgré tout, des sons étouffés parviennent à ses oreilles. Il m’implore le silence, mais je n’arrive pas à contrôler mes cris. Ses doigts désertent mon corps. Il enlève sa main de ma bouche et glisse les doigts qu’il a plongés en moi, entre mes lèvres.

La surprise me fait taire. Je n’aime pas particulièrement ça, mais il a encore une fois, réussi son coup.

Nous avons regardé la fin du film, enveloppé de tendresse. Il caressait mes cheveux, déposait de temps à autre, un baiser sur mon front. Moi, j’embrassais son cou et sa mâchoire. La fin de ce film, bien trop court à mon goût, était arrivée. Il m’embrassa une dernière fois sur les lèvres et quitta la salle pendant le générique. Je restais seule, dans mon siège, un sourire immense sur les lèvres.

Il venait de m’offrir un orgasme, tel qu’on en lit dans les livres. Un plaisir insoupçonnable, impensable. Jamais, je n’aurais imaginé connaitre ça un jour. Il était de ceux qui vous laisse des étoiles aux coins des yeux. De tous les orgasmes que cet homme aux yeux d’or et d’émeraude me donna, c’est celui, dont je me rappelle le plus précisément. Encore aujourd’hui, dix ans après, le souvenir de ce moment laisse mon corps fébrile.


Appuyez sur "Entrée" pour effectuer votre recherche