Vieux cochons !

Une saga de Thalia_Devreaux - 22 épisode(s)

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Épisode 12 : Une affaire plutôt simple

Une fois de plus, je sèche mon cours du lundi matin en reprenant le stratagème de la dernière fois pour ensuite rejoindre le randonneur. J'arrive en avance et Patrick est déjà là, attendant patiemment sur la scène du crime, celle de ma dernière infraction pour sauvegarder ma réputation. Je ne fais pas la fière. Je ne souris pas alors que lui oui.

Il s'approche et un peu plus, il me fait la bise ! Il me tend alors la main que je sers et je remarque sur la deuxième qu'il porte une alliance. Un homme marié, ça craint... Ou alors c'est peut-être une bonne chose pour moi. Je ne sais pas en fait si j'ai affaire à un vieux cochon ou à un simple voyeur.

Il me demande si ça va et il comprend que non, ce qui l'amuse. Je suis crispée d'être ici avec lui. Je regarde son visage marqué par les rides, les cheveux blancs courts et sa peau bronzée, caractéristique de ceux qui sont tout le temps dehors durant la journée.

— Mylène, c'est pas commun comme prénom, finit-il par dire pour briser le silence. Ça me fait penser à Mylène Farmer.

Ce n'est pas la première fois qu'on me le dit. De toute façon, il faut que je me montre assez agréable si je veux compter sur sa discrétion. Alors s'il souhaite parler, je vais faire la conversation...

— Je suis née avec quelques mèches rousses et comme mes parents sont fans de cette chanteuse, ils m'ont donné son prénom.

Comme quoi, la vie commence parfois sur des bases capillaires qui vous poursuivent toute votre vie. J'airais préféré qu'ils m'appellent Chloé, ou un autre prénom que celui-ci. Ma réponse l'amuse.

— Alors Mylène, pourquoi tu fais des photos en étant nue avec ce monsieur ?

Bon, il me met rapidement mal à l'aise mais ça n'est pas forcément voulu. Je vois de la bienveillance dans son regard et son ton est amical. Il s'interroge sur mes actes et je ne compte pas lui dire la vérité. Je ne voudrais pas qu'il en profite puisque lui aussi a des clichés de moi à poil.

— C'est un peu compliqué à expliquer et je préfère garder certains détails pour moi.

Il n'apprécie pas ma réponse alors que je veux en dire le moins possible. Devant son regard insistant, je finis par pousser un soupir, comprenant que je n'ai pas d'autre choix que d'en révéler plus. À moi de faire attention de ne pas trop en dire.

— Disons que c'est un défi qui m'a été lancé et que j'ai relevé. Si vous avez fait attention, il a pris des photos avec mon téléphone et dessus il n'y a pas mon visage.

— Mais pourquoi ce défi ?

Il veut tout savoir et c'est ce que je craignais. Je réfléchis à comment je pourrais l'embobiner, à me sortir de cette situation sans tout révéler. Je ne vois pas comment et je finis pas croiser les bras excédée.

— Et pourquoi ça vous intéresse autant ?

Mon ton est sec et sa réaction immédiate. Il perd son sourire quelques secondes avant de s'excuser de m'avoir offensé. Il affiche de nouveau sa bonhomie.

— Je veux comprendre pourquoi une demoiselle fait ce genre de choses.

— Ce n'est arrivé qu'une fois, pour un stupide défi. C'est tout. Je suis une fille bien.

— Une fille bien ne fait pas ce genre de chose...

Sa réponse me laisse sans voix et je me mets à rougir. Je sens mes oreilles chauffer comme à chaque fois que je suis dans cet état. Dans un sens, il n'a pas tort sur son affirmation. J'ai l'impression d'être dans la peau de Stéphanie mais je ne veux pas subir son sort. Je ne suis pas comme ça et j'ai envie de le crier haut et fort.

— J'aimerais que vous gardiez ce que vous savez sur moi, pour vous.

Il me regarde intensément pendant près d'une minute sans rien dire. Mon ventre se noue, mes yeux suspendus à ses lèvres dans l'espoir que ma demande suffise. Pourtant je sens que s'il a demandé à me rencontrer en utilisant les photos en sa possession pour me contraindre à accepter, ce n'est pas pour accepter si facilement.

— Tu ne veux pas que ça se sache dans la ville et je comprends.

Je suis soulagée d'entendre ses paroles. Cependant, avant de me montrer triomphante, je continue de le fixer parce que j'ai l'impression qu'il y a un mais.

— J'ai une petite-fille, plus jeune que toi et si elle se trouvait dans ta situation, je n'aimerais pas que les choses s'ébruitent. Même si elle aurait mieux fait de ne pas faire ses photos.

Pour la première fois depuis ce matin, j'arbore un sourire. Finalement, ce Patrick est un sexagénaire agréable. J'aurais presque envie de l'embrasser sur la joue. Il me parle un peu de sa petite-fille et nous commençons à emprunter le chemin du retour. Je le trouve assez agréable en fin de compte. Nous discutons jusqu'à arriver à proximité de la ville.

— Bon, tu es une gentille demoiselle et je veux bien garder cette histoire pour moi. J'y penserai à chaque fois que je regarderai les photos.

Les photos ! Je manque d'air en me rappelant qu'elles existent encore celles-là. Durant l'échange, j'ai fini par les oublier, comme s'il allait les faire disparaître. Il ne m'a promis que son silence.

— Je préférerai que vous les supprimiez, s'il vous plaît.

Je joue les petites filles implorantes et je vois que ça ne le laisse pas de marbre. Il se gratte la tête tout en réfléchissant. Je comprends que ça ne lui convient pas. Forcément, ça lui fait un beau souvenir de randonnée...

— Je peux te promettre de ne pas les diffuser mais pas de les supprimer. Ça change quoi que je les garde ?

Tout, ai-je envie de lui répondre. Dessus il y a mon visage. Si ce n'était pas le cas, je m'en moquerai. Tandis que là, le risque que les clichés réapparaissent un jour n'est pas négligeable. Je le connais à peine ce monsieur, comment je pourrais lui faire totalement confiance ? Non le mieux, c'est qu'il les supprime et j'essaye de le faire changer d'avis.

Sauf qu'il souhaite les garder, comme souvenir. Et aussi pour se rincer l’œil mais ça, il ne l'avoue pas. Je regarde l'heure et il serait temps que je rentre manger si je ne veux pas rater les cours de l'après-midi. Je ne vois qu'une solution pour sortir de cette impasse.

— Et si à la place de celles que vous avez, vous en faites d'autres, mais sans qu'on voit mon visage ? Ça vous permettrait d'avoir une meilleure qualité et de les faire comme vous le souhaitez.

Ma proposition l'intéresse tandis que je suis de moins en moins certaine d'avoir envie de le faire. Je ne comprends pas pourquoi je me lance dans cette nouvelle séance de photos alors que je voulais justement éviter qu'il y en ait qui circulent sur moi.

— D'accord, ça pourrait être amusant. Alors je te dis à la semaine prochaine, même lieu, même heure.

Maintenant il est trop tard pour je revienne sur ma parole. Il s'en va par un autre chemin que celui que je dois emprunter, me laissant seule avec mes réflexions. J'ai l'impression d'avoir fait une grosse bêtise...


La semaine d'après, j'arrive de nouveau en avance et il est là à m'attendre. Alors que je pouvais profiter d'une semaine de tranquillité avec monsieur Dupré en déplacement, je me retrouve à devoir de nouveau me mettre nue pour une série de photos. Tout ça pour supprimer celles faites deux semaines plus tôt au même endroit

La seule chose qui me réconforte, c'est que les deux précédentes fois où je suis venue ici, je n'ai croisé qu'une personne : le randonneur. Quant à monsieur Dupré, il n'est pas en ville et il ne risque donc pas de pointer le bout de son nez.

À mon arrivée, je me retrouve à faire la bise à Patrick. J'ai l'impression qu'il fait comme si on se connaît depuis belle lurette. Il m'explique comment il compte faire, ayant bien réfléchi à la séance qui se prépare. Je m'attendais à deux trois photos de moi plus ou moins en rapprochée mais ce n'est pas ce qu'il souhaite.

Lorsque j'évoque les premières photos, il me dit combien il en a en sa possession, me les montrant sur son appareil et m'explique qu'il fera autant de photos aujourd'hui. Pour ce midi, il m'invite à déjeuner chez lui, « en tout bien, tout honneur » pour me montrer qu'il va aussi les supprimer sur son ordinateur. Effectivement, je souhaite voir ça de mes propres yeux plutôt que de croire uniquement en sa bonne foi.

Le stress est à son summum lorsque je comprends qu'il faut commencer. Je retire tous mes vêtements, sentant mon cœur tambouriner plus fort à chaque fois que je retire un vêtement. Je les range dans un sac avant de me mettre droite, face au randonneur et photographe. Il m'explique ce qu'il attend. Il commence par s'éloigner, pour en prendre deux en approchant comme s'il me découvrait à la sortie d'un chemin.

Il me montre ensuite les deux clichés et effectivement, mon visage est masqué, soit par mes cheveux, soit par la végétation. Il respecte notre accord et je trouve une certaine poésie dans sa façon de faire. Par contre, je me sens de plus en plus fébrile d'être nue au milieu des bois, avec la crainte de nous faire surprendre. Il comprend ma situation et m'indique qu'il va se dépêcher.

Il me prend alors de dos, toujours en se rapprochant et concluant par un contrechamp. Puis il se met face à moi, continuant à me donner des indications, puis il me fait avancer. Je finis par trembler à cause de la pression engendrée par toute cette séance et peut-être aussi à cause de cette matinée plutôt fraîche, conséquence de la pluie du week-end.

J'enfile mes derniers habits avant de regarder la série prise aujourd'hui. Il a respecté notre accord. On ne voit jamais mon visage, toujours masqué sur chaque prise. On pourrait peut-être me reconnaître à cause des cheveux mais j'ai l'intention de changer de coupe. Je crois que je vais aller chez le coiffeur ce mercredi.

Je le suis ensuite pour aller jusqu'à sa maison et je ne suis pas étonnée que le chemin qu'il a emprunté la dernière fois, nous amène tout près de la sienne. Il n'a qu'à marcher quelques mètres dans la ville pour rejoindre la forêt. C'est sans doute pour ça qu'il a choisi cette maison.

En entrant, je remarque aussitôt les photos accrochés, ceux avec sa femme, ses enfants et petits-enfants. Je reconnais son petit-fils, il était en seconde lorsque j'étais en terminale. Dans une petite ville, le monde est restreint. Je me retiens bien de lui dire que je connais un membre de sa famille.

Pendant qu'il prépare à manger, des pâtes avec des cordons bleus achetés chez le boucher, il me raconte sa vie. Sa femme travaille à Lyon toute la semaine et ne rentre que le vendredi soir pour repartir le lundi matin. J'ai vu sur ses photos qu'elle est plus jeune que lui. En fait, c'est sa deuxième compagne, il est divorcé de la mère de ses enfants.

Je souris parce que j'ai eu de la chance que ce soit lui qui tombe sur nous pendant la séance de photos et non un autre. Il aime sa femme et n'est pas du genre à être infidèle apparemment. En fait, pendant le repas, nous parlons de tout et de rien et j'en viens même à dire ce que je fais comme études, sans mentir parce que je me sens en confiance.

Une fois le repas terminé, il m'emmène dans le bureau qui sert aussi de chambre d'amis. Il me montre le dossier sur son ordinateur et l'efface. Il fait de même sur l'appareil photo. Rassurée, je lui dis que je dois le quitter pour rejoindre l'université. Il me laisse alors repartir et me dit qu'il espère un jour me revoir.

Je ne lui réponds pas que je n'en ai pas l'intention. Surtout que je viens rarement dans cette partie de la ville et que je ne fais pas de randonnée.

— Peut-être... Dis-je avec un petit sourire en coin.

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