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Yport.

C'est un matin triste et gris de fin novembre que je choisis de m'exiler quelques jours.  J'avais envie de fuir ma vie professionnelle, de la laisser derrière la frontière.  Je ne demandais que quelques jours.  Trois ou quatre.

J'ai cherché un petit hôtel en bord de mer ou en bord de falaise.  Je ne voulais pas de murs en bétons.  Une publicité m'avait vanté les mérites d'un petit hôtel familial à Yport.  Quelques heures de route.  De quoi oublier mes tracas d'horaires, de collègues.  Oublier ma vie.  Le boulot me consumait.  La chandelle devenait minuscule et allait s'éteindre.

J'ai donc agit.

De la fenêtre panoramique du restaurant  de l'hôtel je pouvais voir les cabines blanches, le trou en bas de la falaise et les moutons que le vent de la tempête ne semblaient pas déranger.  Le premier jour je suis parti me promener, affrontant les bourrasques et les embruns mais rien ne pouvait gâcher mon plaisir.  J'étais loin.

Le lendemain matin, alors que je plongeais mes lèvres dans un excellent café, je vis une veste matelassée blanche affronter le vent.  Elle était surmontée d'une capuche de la même couleur d'où tentaient de s'échapper quelques mèches rousses.  Deux mains gantées de rouge agrippaient la rambarde de bois.  Un jeans noir que remplissaient deux jambes tremblotantes flottait comme un drapeau à l'avant d'un navire.  Une rafale décrocha la silhouette qui s'en alla arc-boutée se réfugier dans l'horrible bâtiment du casino.  Une puissante averse plongea le décor dans un brouillard couleur de plomb.

En fin d'après-midi, le vent soufflait encore plus fort.  J'étais resté dans le petit salon de l'hôtel à lire des magazines fripés.   Et je la voyais.  Accrochée à cette rambarde.  De temps à autre, mon esprit vagabondait à imaginer cette femme.  Était-elle jeune, vieille, laide, belle?  Le souper du soir m'apporta la réponse.

Elle lisait des messages sur son téléphone.  Elle était rousse, ni jeune, ni vieille, ni laide ni belle.  Sa veste blanche séchait contre le vieux radiateur.  Un gant rouge, solitaire au le bord de la table, ouvrait sa paume vers le plafond.  L'autre était tombé à ses pieds.  Sans réfléchir, je me suis avancé et j'ai ramassé le gant, le posant délicatement à coté de son jumeau.  Elle releva la tête et me remercia. 

Nous avons mangé ensemble, parlé.  Elle fuyait la même chose que moi.  Elle fuyait son quotidien.  Peut-être même qu'elle se fuyait elle-même.

Après quelques verres de vin au bar de l'hôtel et de longs silences, nous sommes montés vers nos chambres.  Nous étions logés sur le même palier.  Elle me prit la main et m'invita dans la sienne.  Il y faisait sombre mais on pouvait deviner des ombres.  La fenêtre donnait sur l'arrière et on ne voyait que la course folle des nuages phosphorescents dans la nuit.  Nous nous embrassèrent, nos langues s’emmêlèrent sous l'arôme du vin blanc.  Mes mains glissèrent sous son pull pour y rencontrer une peau tiède et douce.  Le bout de mes pouces frôla ses tétons durs et qui me semblaient immenses au toucher.  Elle défit ma ceinture et me caressa à travers le tissu.  Je fut dur et dressé en un instant.  Au vu de son audace, ma main droite plongea vers son pubis qui à ma grande surprise était glabre.  Mon majeur fit s’entrouvrir ses lèvres humides et mon doigt fut happé dans un gouffre chaud et doux.  Nous nous sommes retrouvés nus, serrés l'un contre l'autre, debout face à la fenêtre.  Elle haletait sous l'assaut de mes doigts, se cambrant chaque fois que j'appuyais plus fort.  Nous roulèrent sur le lit ainsi emmêlés, sa main entourant délicatement mon sexe, ses doigts roulant sur mon gland. 

Nous sommes restés longtemps comme ça, nous masturbant mutuellement sans parler, sans bruit.  Le vent sifflait sous le châssis de bois.  Je quittais son sexe pour venir caresser sa poitrine.  Elle laissait sa main sur mon bas-ventre, touchant du bout des doigts ma verge qui oscillait comme prise sous la tempête qui faisait rage dehors.

Puis elle me dit:

-Je vais allumer la lampe de chevet.  Je voudrais te voir te branler.  Je vais me toucher.  Je veux que tu regardes.

Elle alluma la lampe, m'enjamba.  Je vis alors son sexe glabre, sa fente rosée et béante.  Elle se coucha les jambes écartées devant moi et se caressa.  Un de ses doigts fin et pâle entreprit d'explorer son sexe délicatement, plus habilement que ce que je n'avais pu faire.  Elle jouait avec son clitoris, le caressant d'abord doucement puis plus fermement.  Elle râlait, haletait.  Sa main libre pressait un sein pâle assez imposant.  Je me régalais du spectacle, détaillant chaque partie de son intimité.   Je me masturbais sans gêne, comme quand j'étais étudiant.  La paume de ma main savait bien ce qu'il fallait faire.  Mais au lieu d'avoir un quelconque magazine pour adultes sous les yeux, je la voyais, elle.  Sa main aux doigts joints effleurait ses lèvres béantes et humides dans un geste rapide. 

Elle murmura, dans un gémissement:

-Je veux te voir jouir.  C'est maintenant.

Comme si elle commandait mon cerveau et mes testicules, je jouis dans un cri.  Elle se cambra et se cramponna à la couverture.  Mon sperme jaillit dans l'air moite de la chambre et retomba sur mon ventre dans un petit bruit mouillé.  J'avais joui tellement fort.  J'en avais presque mal au ventre.

Nous passèrent une partie de la nuit ainsi, nus, chacun à un bout du lit. 

Puis elle m'expliqua qu'elle était fatiguée et qu'elle devait rendre la chambre dans quelques heures.

Je dormis donc dans la mienne.

Au matin, elle n'était plus là.  La salle du restaurant était quasi vide.  Le vent soufflait moins, d'autres silhouettes arpentaient la promenade.  En quittant l'hôtel pour aller me promener, la réceptionniste m'apostropha pour me remettre un petit mot, laissé par la dame de la chambre numéro trois.

Il  y était inscrit quelques lignes d'une écriture fine et penchée.

"Je ne sais pas qui j'étais hier soir et cette nuit.  Mais merci."

Et aucune signature.


FIN.


   


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